La nostalgie comme source d’inspiration

café noir

Il y a toujours un carnet et un stylo qui traînent dans mon sac. Sans doute ai-je toujours besoin de griffonner quelques idées au gré d’une balade au bord de l’océan, entre deux gorgées de café, au détour d’une conversation. Bref, vous l’aurez compris, tout est prétexte à écrire, tout est excuse à être disséqué. Et si je suis optimiste de nature, que je vois le beau même dans le laid, j’ai parfois besoin de plonger dans les abysses de la nostalgie pour mettre en exergue toutes mes pensées. Un paradoxe clair et puissant qui sublime ce que l’on tend à vouloir garder caché. Quand la nostalgie est source d’inspiration, plongez dans mon univers bien singulier…

Mélancolie quand tu nous tiens… Il y a ceux qui ont besoin d’être dans un bon état d’esprit pour être productifs, pour rédiger. Un joli rayon de soleil, la brise douce du matin, une bonne odeur de café fraîchement moulu et c’est parti. La plume glisse facilement sur le papier, les doigts pianotent aisément sur le clavier. Et il y en a d’autres qui ont ce besoin vital, viscéral de flirter avec la mélancolie pour faire éclore les plus beaux mots. C’est comme s’il fallait se dépouiller de toute joie, de tout plaisir, de tout bonheur pour mieux le décrire. Peut-être faut-il se défaire de ce qui nous comble pour se rendre compte davantage de son importance, de sa place.

Le papier a quelque chose de rassurant, comme un effet doudou, un meilleur ami. Il a ce que l’écran ne possédera jamais : il ne juge pas, ne passe pas son temps à nous corriger, à clignoter non plus. Il a cette faculté d’accueillir les mots tels qu’ils viennent ; imparfaits, sincères, bruts et beaux. À l’opposé des réseaux sociaux, il n’est pas esthète. Des paillettes, il s’en contrefiche. Voilà pourquoi j’aime les carnets depuis petite. Sans doute le papier est devenu le prolongement de moi-même, une safe place où les idées n’ont pas besoin d’être abouties pour exister. J’y dépose des fragments de pensées, des débuts de phrases, parfois même de simples sensations. Toujours parce que j’ai peur que ces notifications cérébrales m’échappent. Écrire ainsi, à la volée, presque machinalement, permet de ne pas laisser filer ce qui mérite d’être gardé.

“Vous écrivez partout ?” me demande un de mes clients. Cette question m’a fait sourire car je sais que cela peut être intrigant de voir quelqu’un sortir un carnet et un stylo de nos jours. On pourrait se demander ce qu’il peut bien écrire, d’un coup de tête comme ça. En réalité, quand c’est notre métier d’écrire, et encore une fois je parle pour moi, j’ai besoin de capturer la moindre émotion. Parce que je sais que les seules fois où je suis sortie sans mon carnet sont les fois où les pensées galopaient dans ma tête. J’étais frustrée car chaque idée non fixée sur papier s’efface souvent aussi vite qu’elle est apparue. J’avais beau me dire : « Retiens ça, retiens cette phrase, cette pensée, ne l’oublie pas et écris-la vite en rentrant ». Que nenni, à la maison c’était le blackout. Aujourd’hui, pour être sûre de ne rien manquer, j’ai pris soin de glisser un petit carnet dans chacun de mes sacs à main. Sait-on jamais… Un paysage, une phrase entendue à la volée, une émotion soudaine : tout peut devenir matière à écrire, à condition de saisir l’instant. L’écriture devient alors un réflexe, une manière d’ancrer le présent avant qu’il ne se dissolve dans le tumulte du quotidien.

Il n’est pas nécessaire de vivre des moments extraordinaires pour écrire. L’inspiration se cache souvent dans les détails les plus simples : une lumière particulière, une odeur familière, un silence un peu trop lourd, des rires à gorge déployée, un café couleur ébène, un thé à la menthe bien sucré.  Ce sont ces instants ordinaires, presque insignifiants, qui nourrissent les textes les plus sincères. Écrire, c’est apprendre à regarder autrement ce qui nous entoure, à donner vie à des histoires extraordinaires, à rendre spéciaux des moments simples, en les édulcorant parfois, en les habillant de mille feux. 

Observer le monde, écouter ce qui se dit et surtout ce qui ne se dit pas. L’écriture naît souvent de cette attention portée aux nuances, aux non-dits, aux émotions qui traversent une conversation ou un regard. Disséquer le réel permet d’en extraire l’essence, de transformer une sensation diffuse en mots justes. Très tôt, très jeune, j’ai compris que l’écriture était un moyen puissant de rapporter, de décrire, de déconstruire. On ne regarde pas tous le monde avec les mêmes yeux, on ne chausse pas tous les mêmes lunettes. Certains, au cœur tendre et pur, le voient avec des couleurs vives, quand les cœurs noirs et durs le voient dans des nuances obscures. Et il y a au milieu de ces deux groupes, les écorchés vifs, qui habillent les mots de leurs nuances de gris.


Avec le temps, j’ai compris que cette manière d’appréhender le monde n’était pas seulement intime, mais profondément utile. La nostalgie, la mélancolie, l’attention portée aux détails ne sont pas des faiblesses : ce sont des filtres. Des prismes à travers lesquels les mots prennent une autre densité.

Ce regard, je l’ai longtemps réservé à mes carnets. Aujourd’hui, j’aime aussi le mettre au service de celles et ceux qui portent une histoire, une idée, un projet, sans toujours trouver les mots pour le dire. Parce que derrière chaque intention, il y a une émotion à traduire, une nuance à respecter, une voix à faire émerger.

Si mon univers résonne avec le vôtre, alors peut-être que nos mots peuvent se rencontrer. Parfois, il suffit d’une conversation pour que l’essentiel trouve enfin sa place.

En attendant, je reprendrai bien un petit kahwa, moi ;).

Commentaires

Une réponse à « La nostalgie comme source d’inspiration »

  1. Avatar de Un client
    Un client

    Exceptionnellement poétique et nostalgique, cette impression que vous avez rédigé cet article sur une table érigé en bord de mer avec une vue surprenante à vous inspirer chaque mots !!

    Chapeau l’artiste !!

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